Inferno
Boards of Canada · Electronic / IDM
“Treize ans de silence et la grande révélation, c'est que l'apocalypse sonne comme Boards of Canada avec une Bible et une durée rallongée. Le mythe a signé des chèques que la tracklist met soixante-dix minutes à presque encaisser.”

Treize ans. Treize ans à décoder des hexagones, à voir des adultes traiter un communiqué de presse de Warp comme le film de Zapruder, des archéologues de forums persuadés que chaque silence venu de Hexagon Sun était en soi une déclaration. Boards of Canada était devenu moins un groupe qu'un système météorologique qu'on attendait. Inferno arrive donc chargé d'une mythologie à laquelle aucun album ne pourrait survivre intact, et les frères Sandison, à leur honneur, n'essaient même pas de la nourrir. Les stations de nombres et les enfances délavées par le soleil ont presque disparu. À leur place: guitares, batterie live, voix samplées marmonnant sur les écritures et la ruine, dix-huit titres de hantologie qui a cessé de hanter le passé pour hanter le présent. C'est leur disque le plus sombre, et aussi le plus littéral, et c'est là le problème. Quand Geogaddi cachait le diable dans les mathématiques, on se penchait pour écouter. Quand Inferno le nomme dans le titre et souligne l'apocalypse pendant soixante-dix minutes, on regarde parfois sa montre. Le tiers central s'affaisse sous son propre présage, des passages ambient qui semblent moins composés que sélectionnés, l'effroi comme papier peint. Et pourtant le métier est indéniable, les mélodies désaccordées touchent encore ce bleu précis que personne d'autre ne sait trouver. Le mythe promettait une révélation. Le disque livre un très bon album de Boards of Canada, un peu trop long, un peu trop expliqué, fait par deux hommes qui ont entendu le monde rattraper enfin leur paranoïa et décidé d'arrêter de chuchoter.
Quand ça touche, ça touche vraiment. Le choix d'enregistrer batterie et guitare en live à Hexagon Sun donne au duo une présence physique qu'il n'avait jamais eue sur disque, et les meilleurs titres marient cette chaleur à une vraie menace plutôt qu'à la nostalgie. Treize ans n'ont pas émoussé l'instinct mélodique: ces accroches nauséeuses et désaccordées contournent toujours le cerveau pour atterrir quelque part dans l'enfance. Et refuser de refaire Music Has the Right to Children, choisir l'effroi au présent de l'IA et de l'effondrement plutôt qu'un brouillard rétro confortable, est le geste le plus courageux jamais posé par deux Écossais notoirement prudents. L'attente a produit un album qui habite 2026 au lieu de s'en cacher.
The Mythos Tax
Seventy Minutes of Underlining
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